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Depuis quelques temps je fais comme un voyage d'introspection sur la personne que je suis.
J'ai souvent des remarques comme quoi je ne souris pas assez, que je manque d'humour ou que j'ai l'air renfermé.

J'acquiesce. J'en suis consciente.

Je suis née dans une famille aux origines diamétralement opposées.
Ma mère est une fille d'immigrés polonais dont le père a été porté disparu quelques années durant la seconde guerre mondiale et dont la mère a débarqué en France avec un nouveau-né sous le bras et sans connaître un mot de français.

Mon père est né dans une famille aisée, mais dont le père était un fils de paysan du Berry et la mère, fille de politicien. Mariage arrangé il va sans dire. C'était encore assez courant dans les années 30.

Mon père est le dernier d'une fratrie de 5 enfants, élevé par la bonne puis envoyé dans multiples pensionnats jésuites qui lui a fait détester les religieux. Dislexique, il a été considéré par ma grand-mère comme un benet. Pourtant il a fait les Beaux-Arts de l'Ecole de Nancy pour remonter dans son estime (râté).

Ma mère est la seule fille dans la fratrie comptant 3 autres enfants. Elle a grandi dans une fermette Lorraine, au milieu des chèvres qui trayait ma grand-mère pour faire vivre sa famille.
Elle a arrêtée l'école très tôt pour travailler, parce que faire des études était illusoire pour cette famille plus que modeste.

Je suis donc la fille de deux personnes mal considérées pour différentes choses.
Et dans ma famille, on est des "taiseux".
On ne se dit pas "je t'aime", on n'étale pas sa vie à tout va, on ne pose pas de questions sur la vie que l'on mène, on ne fait que parler de la pluie, du beau temps, des informations entendues ou lues, mais jamais de choses privées.

Ca m'a toujours convenu.
Mes parents ne sont pas du tout envahissants. Si je ne veux pas parler de certaines choses, ils ne chercheront pas à savoir. Ils estiment que c'est à moi d'aborder les sujets qui me concernent.
Je n'ai jamais eu aucun compte à leur rendre car la confiance était de mise.
Pour mon père, l'honnêteté primait. Elle prime toujours c'est pour ça qu'il est dégoûté de certaines choses, notamment des politiques, quels qu'ils soient.

Je me rappelle encore des repas dans le silence, comme à l'époque de l'enfance de mon père.
Je me rappelle qu'on me demandait de courber l'échine face à ma soeur parce qu'elle était l'aînée.
Je me rappelle que j'ai dû faire allemand 1ère langue puis latin en options parce que je devais suivre les pas de mon aînée.

Mais je ne me suis jamais considérée comme malheureuse.
Je ne manquais de rien, quand je travaillais bien, mes parents me félicitaient en me répétant que je travaillais pour moi, pas pour eux.
Je n'ai jamais fait de crise d'ado. Parce que j'ai vu celle qu'a fait ma soeur et le chagrin de mes parents devant la haine qu'elle leur crachait au visage.
J'ai pu faire de l'ULM avec mon père, de l'avion de tourisme aussi car mon père avait son brevet de pilote.
Je n'ai pas de mauvais souvenirs de mon enfance. J'étais heureuse.

Mais je défie quiconque qui m'a connu dans mes jeunes années de dire de moi que j'étais une enfant joyeuse.
J'étais réservée, timide.
Jamais exubérante. Toujours discrète.

Alors pourquoi à l'âge que j'ai maintenant je ne laisse pas exploser les grammes de folie que chacun a en soi ?
Je n'en ressens pas l'envie.
Je ne ressens pas de manque par rapport à ça.

Je pense être quelqu'un de confiance qui ne répète rien. Je ne parle pas beaucoup, je suis très loin d'être une grande bavarde, mais j'écoute, je retiens beaucoup de choses. 
Je pense être quelqu'un de posé avec les pieds sur terre.
Je dois paraître chiante comme la pluie aux yeux de certain(e)s, je le conçois.

J'ai aussi cette réputation d'être distante avec les gens.
Je le vois le mercredi midi quand on est un flot de mères devant le portail. Toutes celles qui papotent à tout va, se font la bise comme si c'étaient les meilleures amies du monde. Ce n'est pas moi.
Je suis celle qui baisse la tête parmi toutes ces mamans qui piaillent. Je salue juste en retour d'un bonjour.
Si vous m'aviez vu avec les mamans des représentants d'élèves, comme j'étais mal à l'aise quand elles m'ont chacune à leur tour, embrassée sur les 2 joues pour me souhaiter le bienvenue.

Je ne suis pas non plus de celles qui saute partout pour exprimer sa joie ou qui hurle d'hystérie.
Ce n'est pas moi et je ne reproche à personne d'être ainsi.
Je n'ai pas grandi comme ça et ce n'est pas maintenant que ça va changer.
A une époque pourtant j'allais à des sorties de tchatteurs tous les samedis soirs et je prenais sur moi pour faire la fille délurée. Mais ce n'était pas moi.
Je ne suis pas de celles qui va aisément vers les autres.
Je suis de nature méfiante : je laisse venir et j'avise selon le ressenti que j'ai.

Alors oui, quand mes enfants sont sur un manège et qu'il y a le pompon à attraper, j'encourage en criant et en gesticulant comme si c'était moi qui allait l'avoir.
Oui, quand ils ont fait une compétition d'athlétisme, je criais leur prénom pour les motiver et leur faire entendre que maman était là.
Et oui, quand le rideau se lévera samedi matin sur leur spectacle de danse, je serai de celles qui applaudira des deux mamans en criant des "bravo".
Parce que je suis cette fille réservée, mais je suis aussi cette mère lionne qui sait rugir pour ses petits.