Ces 3 mots, je les ai regretté dès que le premier a franchi mes lèvres. Et je me suis instantanément traitée de connasse.

Parce que ces 3 mots ne sont d'aucun réconfort quand une maman a perdu des bébés.

Cette maman, je la cotoie un peu. Maman d'élèves comme moi, on s'est rencontré pour la première fois devant la grille de l'école. Elle m'avait interpellé sans agressivité pour me signaler que PetitLion avait dit des grossiéretés à son petit garçon. Un peu étonnée parce que ce n'est pas le genre de PetitLion, j'avais discuté avec mon fils sur le sujet. Puis la semaine d'après, elle était venue s'excuser parce que son fils avait confondu le mien avec un autre garçon blond.

Puis on s'était vu à la réunion de rentrée de l'association de parents d'élèves. On était assise côte à côté par hasard et lors des présentations de tour de table où j'avais dit que j'étais maman de jumeaux 2 fois, elle m'avait alors appris qu'elle attendait des jumeaux, elle m'avait demandé comment ça c'était passé avec mes aînés, ...

On a aussi fait le premier conseil d'école de novembre ensemble. Enceinte de 5 mois et demi, elle venait d'apprendre qu'elle avait le choix du roi. Elle m'épatait à faire du vélo encore. Parce que moi, à 5 mois et demi enceinte de mes jumeaux, je me hissais déjà difficilement dans le monospace !

Je l'ai croisé en début de mois, un mercredi à 11h30, à la sortie d'école. Je l'ai vu recupérer son petit garçon, monter sur son vélo et elle avait le ventre plat. Je n'ai pas osé l'aborder de peur de faire une "boulette". Mais en me disant "Tiens elle a eu ses bébés. Ils étaient pressés !"

Et puis hier, je suis allée chercher PetitLion en premier (sa sortie se situant au fond de la cour, contrairement à PetitChat qui sort près de la grille, mais sa classe n'était pas encore prête). J'avais mes bébés emmitouflés dans la poussette canne, PetitLion courait pour retrouver son jumeau.
Et je l'ai vu. Elle était devant moi et nos regards se sont croisés.

Je n'aurai pas dû, je l'ai su dès que j'ai demandé "ça va ?"
Parce qu'il était évident que ça n'allait pas.

Elle m'a fait non de la tête, les yeux embués. Son regard s'est alors posé sur mes bébés, puis remonté à moi.
Incertaine, ne voulant pas croire à une telle horreur j'ai juste pu prononcer "ils ..."
Sans dire un seul mot, elle s'est mise à pleurer en secouant la tête.
Eberluée, je suis restée bouche ouverte jusqu'à ce qu'elle touche mon épaule. Un geste comme pour me consoler, moi maman de 2 bébés en bonne santé, que j'ai eu à terme.
Et alors je lui ai dit "je suis désolée", les larmes aux yeux, sans oser la regarder.

Et je m'en veux.
Parce que je sais que ce ne sont pas des mots réconfortants. Parce que je sais qu'à chaque fois qu'elle verra mes bébés, elle ressentira ce vide, cette douleur.

Ce matin encore je sens sa main sur mon épaule, je revois son regard d'une infinie tristesse. Et j'ai honte de ne pas avoir trouvé d'autres mots que "je suis désolée".