La maîtresse de PetitLion m'a interpellé mercredi midi.
Elle voulait 2 minutes de mon temps. 
J'étais pressée, je revenais de la séance d'orthophoniste de PetitChat, j'avais le déjeuner à préparer pour les petits, pour nous, la lessive à lancer, ...
Mais j'ai tellement peu l'occasion de la croiser (le matin j'ai mon RER pour aller travailler et le soir quand je viens récupérer les Tiboudoux, elle est déjà rentrée chez elle depuis longtemps) que j'ai attendu.
Tous les enfants de la classe ont été remis aux papas, mamans, grands-parents, tontons/tatas, ...
Et on a pu discuter. Et ça n'a pas duré 2 minutes. Mais beaucoup plus.

D'abord j'ai longuement écouté ce qu'elle me disait.
Elle a de suite vu l'angoisse m'envahir. Parce que quand il s'agit de mes enfants, quand ils font une bêtise ou que ça se passe mal à l'école, j'ai une forte tendance à culpabiliser.
Le syndrôme de la maman qui travaille sans doute.

Le problème de PetitLion c'est qu'il a le même caractère que moi. Timide à tendance renfermé.
Ca a été une plaie toute mon enfance. Mon fils va vivre le même enfer relationnel.

Autant il s'est épanoui depuis la séparation de classe avec son jumeau, autant il n'accepte toujours pas la collectivité.
Elle m'a parlé du fait qu'il s'isolait dès qu'il est dans un groupe trop important (il est dans une classe de 29 élèves).
Que pendant le temps calme, il tournait le dos alors qu'elle racontait une histoire, lui qui nous demande de nous assoir sur son lit chaque soir pour qu'il se mette à côté de nous, tête sur notre épaule pendant qu'on lit le livre avant le coucher.
Elle m'a dit que depuis la rentrée, il ne s'assoit plus correctement sur son siège mais qu'il se laisse glisser pour être par terre, tel un pantin désarticulé.
Que pendant les ateliers, s'il termine son travail, il ne s'exclame pas auprès d'elle qu'il a réussi. Il attend, rêveur.
Que les accidents pipi, devenus récurrents depuis la rentrée de la Toussaint, sont, à son sens, un signe évident d'interpellation à mon égard.
Parce que si ça passe quasi inaperçu à l'école dans le flot de tous les élèves, PetitLion est assez futé pour savoir que ça me touchera, moi.
Parce que que je sais, d'un seul coup d'œil en arrivant à la garderie le soir, s'il a eu un accident ou non. Parce que je vois qu'il n'a plus le même patalon et que j'ai droit à son sourire "c'est pas ma faute maman". Parce qu'il sait que devoir faire une lessive en rentrant d'une journée de boulot, entre le repas à préparer et la douche à donner, c'est une chose qui m'exaspère.

J'ai donc parlé à la maîtresse des terreurs nocturnes (au moins 1 par semaine) de PetitLion, où il termine immanquablement dans le lit conjugal. De ses peurs soudaines de sorcières et d'araignées. Avec hurlements, larmes et tout le tralala qui fait qu'il ne s'en rendormira pas sans papa ou maman près de lui.
Elle m'a expliqué qu'ils avaient travaillé sur la peur après la Toussaint. Mais que jamais il n'avait manifeste de malaise sur le sujet.
Elle m'a fait part d'une anecdote où il s'est plaint d'un mal de ventre pour être isolé en salle de motricité. Qu'il a refait le même cinéma 2 jours d'affilé. Parce qu'il ne se sent pas bien dans le groupe. Qu'il ne sait pas où se positionner.

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Mon PetitLion a du mal à trouver sa place. Que ce soit à l'école ou dans la fratrie.
Parce qu'il est le jumeau d'un enfant exubérant qui remplit tout l'espace quand il est là.
Il est certes le premier à être né mais du fait de sa gémellité ne se sent pas l'aîné de la fratrie.
Une minute ne fait pas de lui le plus grand.

Dans la fratrie il y a les petits, encore des bébés qui ont forcément besoin de notre attention. Il y a aussi PetitChat qui connait un retard de langage et avec qui on travaille les sons et l'articulation des mots ; et qui, de part son caractère, ne passera jamais inaperçu au sein d'un groupe, quelle qu'en soit la taille.
Et il y a PetitLion.

Ce petit garçon qui s'efface tellement souvent qu'on en oublie parfois qu'il est là, qui préfère monter dans sa chambre pour jouer seul, qui préfère rester dans un coin malgré la présence des filles de nos amis (du même âge que lui) qui sont à la maison, qui préfère suivre les bêtises de son jumeau plutôt que de se distinguer autrement.
Et ça me fend le cœur.

On en arrive à se demander si on n'a pas fait une erreur de ne pas s'être arrêté à 2 enfants.
Dans une fratrie il y a généralement l'aîné, le cadet, le benjamin, la fille, le fils, ... Des éléments évidents pour les distinguer.
Moi j'ai 4 garçons.
Par paire.
PetitLion ne parvient pas à s'affirmer, alors qu'il voudrait tant se démarquer de son jumeau qui connait des difficultés de langage et de comportement.
C'est sûr qu'à eux deux, ça fait une moyenne entre celui qu'on entend de trop et celui qu'on n'entend pas du tout.
Mais c'est difficilement supportable pour mon cœur de maman de voir mon grand garçon malheureux dans cette grande fratrie qu'on lui a imposé. Surtout quand il dit qu'il veut partir en vacances tout seul, rien que lui avec papa et maman.
Ah c'est certain, il aurait adoré être fils unique. Il n'est pas égoïste, loin de là, mais n'est pas attiré par ses petits frères, contrairement à PetitChat. Il fait aussi beaucoup d'activités solitaires (puzzle, construction, balançoire, ...) qui ne nécessitent qu'un contrôle ou une aide d'un adulte.

Mon grand garçon a un besoin d'attention évident et je me sens totalement désoeuvrée.